Christian Zanesi

Christian Zanesi

 

Christian Zanesi suit une formation musicale à l’Université de Pau et à Paris au Conservatoire National Supérieur de Musique avec Pierre Schaeffer et Guy Reibel. En 1977 il entre au Groupe de recherches musicales (GRM) de l’Ina, dont il est aujourd’hui le directeur. Il y pratique tous les métiers du son et multiplie les expériences, les réalisations et les rencontres. Révélé par son oeuvre Stop l'horizon (1980), ce compositeur est l’un des talents le plus impressionnant de sa génération dans le domaine de la musique électroacoustique. Christian Zanesi a su intégrer et dépasser les influences revendiquées d'aînés comme Bernard Parmegiani et Karlheinz Stockhausen pour se forger un style à la fois puissant et lyrique, déployé dans le temps qu'il traite comme un espace à traverser. Christian Zanési, actif pédagogue de la musique électroacoustique, a composé en outre pour le théâtre et le cinéma et a créé la revue Ars Sonora. Il est à l’origine de nombreux projets à la radio, de publications et de manifestations musicales, notamment l‘émission Electromania sur France Musique, le festival Présences électronique et les coffrets CD Archives du GRM. Récemment sorti par Double Entendre, une édition monographique en 78 tours de ses oeuvres Sémaphores et Tours et détours en 78 tours.

 

« Tours et détours en 78 tours » (2007 / 15’)
C’est le hasard (faisant parfois si bien les choses) qui m’a mis dans les mains, au printemps 2007, un fameux disque 78 tours : gravé par Pierre Schaeffer en 1949, il est essentiellement constitué de simples sons d’instruments (hautbois, flûtes, percussions métalliques, voix « radio »…) présentés sous forme de sillons fermés, autrement dit se répétant à l’identique quelques instants. Il s’agit d’un des disques contenant les matériaux préalables à la composition de la « Suite pour 14 instruments » entendue pour la première fois sur Paris-Inter en novembre 1949. J’ai été frappé par la douceur ténue qui se dégageait de ces sons et je me suis senti comme un enfant découvrant dans un coffret oublié un très vieux film de famille. Je n’ai pris que quelques uns de ces fragments , et je les ai travaillés en les associant à des matériaux électroniques qui me tiennent à coeur aujourd’hui. J’ai conservé aussi - en le variant légèrement - ce rythme fameux du 78 tours (78 à la noire) qui est me semble-t-il une des clés du succès de la musique concrète des débuts. Petit à petit j’ai compris que je travaillais sur l’idée de la fragilité avec ce sentiment de la disparition inéluctable des êtres et des choses.

 

« Sémaphores » (2008 / 15’)
Le titre s’est imposé presque à la fin du travail, quand toute une série de signaux électroniques, qui étaient dans un premier temps en filigrane, sont apparus comme un des éléments déterminants de l’oeuvre. Ces sons qui même éloignés ou fortement dégradés conservent leur présence. C’est la nature du signal que de vouloir traverser le bruit. Le titre est alors à prendre comme la métaphore de la matière signal. Il y a un autre niveau dans cette oeuvre lié aux sons anciens que j’ai exhumé et qui furent réalisés dans les années 80 sur l’ordinateur « temps différé » du Grm. Des sons qui, en leur temps, ont considérablement renouvelé les matériaux de la musique électroacoustique, donnant alors une nouvelle impulsion aux compositeurs fréquentant le groupe. Ces sons, pour certains irréalisables aujourd’hui (particulièrement les transpositions dans l’extrême grave) ont marqué l’esthétique des années 80.